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Apprendre, est-ce vraiment sur un cahier ?

« Quelle délicieuse tâche que d’aider les jeunes idées à éclore, de soigner ces tendres plantes et de voir leurs boutons s’ouvrir jour par jour ! »

Agnès Grey (1847) Anne Brontë.

Le plaisir d’apprendre peut prendre deux formes : enseigner ou recevoir cet enseignement. Dans ces deux hypothèses, est-ce que l’apprentissage tel qu’on le conçoit aujourd’hui, assis derrière un bureau, un cahier ouvert devant soi, peut-il vraiment être source d’épanouissement pour tous les enfants, et pour tous les enseignants et éducateurs ?

Une telle conception peut-elle être suffisamment large pour s’adapter à tous ? Ou l’inverse ne serait-il pas plus approprié ? La pertinence d’un apprentissage qui s’adapte à chaque enfant dans son unicité semble mieux correspondre. Dans un même temps, si elle paraît plus adaptée, cette solution semble utopique, irréalisable. C’est vrai, après tout, c’est bien beau de rêver mais comment adapter un système immense à un être tout petit ?

Le génie de Maria Montessori a été de penser une éducation adaptée aux enfants. Sa plus grande preuve de sagesse a été de demander que ses méthodes soient en constante évolution. Elle a affirmé et répété n’avoir fourni que des bases à adapter à chaque situation, à chaque contexte et à chaque enfant.

Aujourd’hui, la plus grande critique faite aux éducations alternatives comme la pédagogie Montessori, l’expérience de Céline Alvarez et bien d’autres, c’est de vouloir prôner une nouvelle méthode miracle meilleure que les précédentes. Or, la volonté première de ces pédagogies est la constante évolution pour ne pas tomber dans le piège de cadres rigides, inamovibles et rapidement désuets. C’est sûrement le critère le plus sûr pour juger de la qualité d’une pédagogie quelle que soit l’origine dont elle se revendique.

Ainsi, la méthode prônée pour un apprentissage épanouissant va être l’autonomie. Un enfant à qui l’on apprend à apprendre va choisir ce qui lui correspond le plus, à son rythme et dans son ordre de préférence. On s’est adapté à lui. Ce n’est plus un enfant affamé de connaissances trop lentes à venir ou épuisé de ne rien comprendre à ce qui se joue autour de lui.

De plus, les connaissances acquises vont se diversifier, et savoir compter ou lire ne seront plus les seules aptitudes valorisées. S’y ajouteront de manière plus affirmée la concentration, la capacité d’observation ou encore la prise d’initiative. Avec la pédagogie Montessori, c’est au travers de nombreuses activités que les enfants vont pouvoir développer des compétences très variées en choisissant celles qui leur plaisent le plus, pour leur côté amusant, leur difficulté défiant l’enfant ou la présentation attractive de l’enseignant.

En effet, n’oublions pas la place majeure de l’adulte, qui va pouvoir présenter à ses élèves des activités didactiques, colorées, originales ou même créées sur mesure par ses soins. Son investissement et son plaisir à enseigner est décuplé par les formats innovants des supports éducatifs.

Devant un tel discours, vous restez peut-être sceptiques face aux coûts que représentent le matériel Montessori. C’est encore un beau projet inenvisageable par les dépenses que cela implique. Vous avez oublié la première règle Montessori : l’adaptation ! De nombreux supports à créer soi-même sont expliqués sur internet pour un travail avec sa classe ou à la maison.

Au sein de notre ONG, nous avons eu l’immense opportunité de faire financer le matériel de base Montessori et la formation de nos professeurs en partie par la Fondation EDF dont nous avons remporté le prix « Coup de Chapeau » et grâce au soutien actif de Mr Calinghee. Aujourd’hui, au travers d’éléments du quotidien, nous adaptons à présent l’apprentissage de certaines compétences très simplement, pour que ce soit abordable.

Au mois de novembre, deux plantes étaient posées sur un bord de fenêtre, égayant la pièce. Un enfant pouvait venir les arroser et les nettoyer. Les professeurs ont, par la suite, demandé à avoir une plante par enfant.

A présent, chaque élève de la classe est responsable d’une plante. S’ils s’entraident pour penser à s’en occuper, ils ont pour consigne très simple de l’arroser un certain nombre de fois par semaine et d’une certaine quantité d’eau. Les feuilles sont dépoussiérées quand l’enfant le juge nécessaire.

En dehors des consignes claires posées, chaque enfant doit faire preuve de toute la délicatesse dont il est capable pour prendre soin de cet être fragile dont il a la responsabilité. C’est une preuve de confiance donnée par le professeur qui le juge assez grand pour s’occuper d’un être vivant. Il travaille dans ce même temps sa constance et son application.

Ainsi, au travers d’un objet simple, sans frais exorbitants et pourtant différent d’un cahier, l’élève développe des capacités indispensables pour sa progression personnelle, à son rythme et au travers d’une reconnaissance de la part de son professeur.


Cet article a été écrit par :


Sophie Bouchard en Service Civique à l’EFCC. Addicte aux gauffres à la noix de coco, le sujet de prédilection de Sophie reste l’Éducation à la Paix, qu’elle partage avec passion dans ses articles.

Vous pouvez aider un des enfants de la classe Montessori en le parrainant : http://efcc.ngo/devenir-parrain/

Apprendre, est-ce vraiment sur un cahier ?