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Montessori – à la rencontre des professeurs

« Nous avons pris conscience de l’importance de l’apprentissage lorsque la formatrice Montessori est venue nous aider à structurer notre classe. Une fois notre formation commencée, les élèves sont devenus plus calmes, plus attentifs, et nous, plus à l’aise ».

Sonita

Toc toc toc ! Come in!« Susday ! » s’exclament ensemble les enfants lorsque nous entrons dans la classe Montessori pour voir les professeurs. Les deux jeunes femmes nous accueillent toujours avec un grand sourire, assises par terre au milieu de leurs élèves. Leur nom ? Rotha et Sonita.

Les deux jeunes femmes enseignent au sein de l’ONG depuis octobre 2017. Rotha a 22 ans, Sonita 19. Si elles n’avaient jamais enseigné avant, toutes deux sont étudiantes à l’université d’Économie. Les cours à l’université au Cambodge sont peu nombreux et souvent en fin de journée ce qui permet aux élèves d’avoir un travail à côté.

Impliquées et en apprentissage constant pour améliorer les activités et leurs connaissances, les deux professeurs prennent au sérieux leur rôle avec les enfants. « Rotha : A chaque fois qu’un sujet nous dépasse ou est nouveau pour nous, nous travaillons par nous-même sur internet pour apprendre afin de le présenter par la suite aux enfants (certains exercices de mathématiques par exemple). Aucun sujet n’est laissé de côté par manque d’aisance. »

A leur arrivée, la classe n’était pas encore d’inspiration Montessori, le label et le matériel ont été installés en janvier 2018. « Le directeur nous a demandé de continuer de suivre la classe sous sa nouvelle forme et nous nous sommes donc adaptées. »

« Sonita : la formatrice n’étant arrivée qu’en avril, nous avons commencé à nous former en autodidacte. Son arrivée nous a fait progresser d’un seul coup, et les enfants aussi ».

Aujourd’hui, elles en parlent comme de petites difficultés de départ et leur confiance en la pédagogie Montessori est acquise. Elles l’expliquent avec facilité par elles-mêmes.

« Rotha : On se sent comme à la maison, je suis fière de voir l’impact positif de cette pédagogie inspirée par une grande femme. L’apprentissage sensoriel et pratique est très riche pour les enfants, leur liberté de mouvement est une autre spécificité de cette classe. J’aime savoir que nous les aidons à « pouvoir faire » par eux-mêmes. »

« Sonita : j’ai l’impression que nous sommes une famille. Je vois l’importance de leur faire apprendre tôt, car leur apprentissage est bien plus rapide. Ils peuvent prendre conscience de beaucoup de choses : aider leur maman, apprendre à donner et vivre en groupe.»

Elles sont toutes les deux conscientes des points positifs et de ceux à améliorer de leur classe. Alors même que nous discutions, des idées de solutions sortent, des idées d’activités à appliquer ou des nouvelles de dernières innovations dans la classe.

Par exemple, nous discutons de l’arrivée des nouveaux qui nécessitent beaucoup d’attention, car ils entrent dans le système scolaire pour la première fois. Certains sont difficiles, notamment dans leur comportement. Face à un enfant qui refuse de participer aux applaudissements de la classe (quand un élève montre un exercice à ses camarades), nous réfléchissons à lui poser des questions un peu différentes de « pourquoi tu ne participes pas ? », mais plutôt « as-tu trouvé qu’il ait bien travaillé ? Comment pourrais-tu lui montrer que ce qu’il a fait est bien ? »

Pour Sonita comme pour Rotha, le plus beau dans leur quotidien reste l’attitude des élèves qui évolue beaucoup. « Ils sont respectueux, savent dire « merci », « s’il te plaît ».« De plus, ils savent partager. Nous essayons de leur montrer l’exemple, nous partageons toujours avec eux si nous avons quelque chose. Ils font de même. Les enfants en général préfèrent posséder que partager. Ici, c’est différent, ils vivent vraiment ensemble ».

Bien que très jeunes, elles connaissent inconsciemment beaucoup d’éléments pédagogiques indispensables comme l’impact de leur comportement sur les enfants, et elles font attention. De même, elles sont particulièrement attentives au langage de leurs élèves. En Khmer, « moi » peut se dire « kniom » ou « Ân ». La seconde option est très familière et c’est la première chose qu’elles apprennent aux nouveaux enfants. En effet, le langage est un élément très important du développement de l’enfant, plus son vocabulaire est précis et structuré, plus ses réflexions prendront en profondeur par leur richesse et les nuances de mots similaires. De plus, le langage est une part de notre identité, il nous définit dans nos échanges et bien apprendre à parler et communiquer est un atout non négligeable dans le quotidien.

En ce qui concerne l’apport de la pédagogie Montessori dans le contexte du Cambodge, les deux jeunes femmes n’ont aucune hésitation : « C’est vraiment important ». Dans les coutumes du pays, Rotha explique le manque de pédagogie. « Les gens ne voient pas le potentiel des enfants, ils peuvent apprendre très tôt dès qu’ils ont l’espace pour le faire. On a tendance à faire à leur place, car c’est plus simple et plus rapide ». Pour Sonita, le point positif le plus marquant est la prise de conscience environnementale offerte aux enfants.

Toutes deux très jeunes, et toutes deux rêvant de liberté, de voyage et d’indépendance, ces deux professeurs vivent pour le moment pleinement leur expérience et responsabilité d’enseignante. Si au quotidien elles restent des professeurs comme les autres, leur attachement pour cette pédagogie alternative est vite décelé lorsque l’on parle Avenir.

« Rotha : moi, je veux que mon enfant puisse avoir accès à une classe Montessori, j’ai bien l’intention d’en chercher une s’il le faut et je l’aiderai à la maison avec mes propres connaissances du sujet. »

« Sonita : moi aussi, j’aimerais bien que mes enfants apprennent en école Montessori avant d’aller à l’école publique. »

Cet enseignement proposé aux enfants ne peut réussir que par l’investissement et le sérieux des professeurs. Sonita et Rotha apprennent tous les jours pour améliorer l’apprentissage qu’elles transmettent. Les erreurs font partie du parcours, cependant ces deux jeunes khmères ont compris le fondement de cette méthode alternative. Elles sont les piliers de la classe et la progression constante de cette dernière renforce la motivation des fondateurs à appuyer le projet et son expansion.

Note : cet article traduit toutes les citations des deux professeurs, l’interview étant à l’origine en anglais.

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Cet article a été écrit par :

Sophie Bouchard en Service Civique à l’EFCC. Addicte aux gauffres à la noix de coco, le sujet de prédilection de Sophie reste l’Éducation à la Paix, qu’elle partage avec passion dans ses articles.

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Vous pouvez aider un des enfants de la classe Montessori en le parrainant : http://efcc.ngo/devenir-parrain/

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